Donnée brute : en France, l’écart salarial entre les femmes et les hommes à poste équivalent refuse de disparaître, malgré cinquante ans de lois et d’annonces. Depuis la loi du 23 mars 2006, les entreprises de plus de 50 salariés sont censées négocier sur l’égalité professionnelle, mais chaque année, près d’un tiers s’affranchit toujours de cette règle. L’Index de l’égalité professionnelle, instauré en 2019, a poussé les employeurs à plus de transparence. Pourtant, les discriminations systémiques tiennent bon. Les sanctions, inscrites dans les textes, sont rarement appliquées. Le constat est là : l’arsenal légal montre ses limites.
Égalité femmes-hommes au travail : où en est la France aujourd’hui ?
Les chiffres de l’Insee claquent comme une gifle : à poste et expérience comparables, les salaires des femmes restent 5 % en dessous de ceux des hommes dans le secteur privé. Ce chiffre, déjà préoccupant, masque des écarts bien plus forts chez les cadres ou dans certains secteurs, où la différence grimpe jusqu’à 20 %. Les textes s’accumulent, mais la réalité résiste, décennie après décennie.
Depuis 2019, l’Index de l’égalité professionnelle femmes-hommes oblige les entreprises à publier chaque année leurs résultats sur les écarts de salaires, d’augmentations et de promotions. En 2023, un tiers des entreprises concernées affichaient un score en deçà des attentes. L’application de la loi peine à se traduire dans les faits : les sanctions prévues n’ont rien d’automatique, et trop souvent, restent lettre morte.
Pour mieux cerner l’état des lieux, quelques faits marquants s’imposent :
- Égalité professionnelle femmes-hommes : le sujet reste brûlant, le terrain loin d’être conquis, malgré un cadre légal renforcé.
- Les postes à responsabilité demeurent largement masculins.
- Le temps partiel subi touche presque exclusivement les femmes, qui occupent 80 % de ces emplois.
La France affiche un taux d’activité féminine parmi les plus élevés d’Europe. Pourtant, la segmentation de l’emploi ne faiblit pas : les femmes se concentrent dans les métiers du soin, de l’éducation ou du social. Les trajectoires s’interrompent dès l’arrivée des enfants, les parcours divergent. La lutte contre les inégalités professionnelles femmes-hommes reste donc un terrain d’affrontement, surveillé de près par les syndicats et la société civile, à la jonction des politiques publiques et des pratiques des entreprises.
Pourquoi les inégalités persistent-elles dans le monde professionnel ?
Les inégalités sociales ne s’arrêtent pas au seuil de l’entreprise. Elles ne dépendent pas que des efforts individuels, mais plongent leurs racines dans des mécanismes collectifs profonds. En France, l’Insee ne laisse aucun doute : l’origine sociale continue de peser lourdement sur les trajectoires professionnelles. Les enfants d’ouvriers accèdent rarement aux hautes responsabilités. Le diplôme joue un rôle de bouclier, mais son effet reste inégal selon l’adresse ou le nom de famille.
Aux inégalités de classe s’ajoutent celles qui touchent le genre, l’âge ou la situation de handicap. Les jeunes sans réseau peinent à décrocher un emploi durable. Les personnes en situation de handicap restent sous-représentées, même dans les grandes entreprises. Quant aux femmes, elles butent sur le plafond de verre et subissent la précarité des temps partiels imposés.
Quelques éléments concrets illustrent la solidité de ces barrières :
- La lutte contre les discriminations progresse, mais les recours pour inégalités au travail se multiplient sans relâche.
- Les parcours professionnels s’éparpillent, maintenant les plus fragiles dans la précarité.
L’entreprise reflète, et parfois amplifie, les fractures héritées de l’école ou du foyer. L’égalité des chances, affichée comme ambition, se heurte à des habitudes de recrutement et à une représentation peu diverse parmi les décideurs. La lutte contre les violences et harcèlements, qui frappe d’abord les femmes et les plus jeunes, reste largement ignorée dans de nombreux secteurs. Les dispositifs publics existent, mais l’accès aux droits reste aléatoire et la prise de conscience, incomplète.
État face au défi : panorama des politiques publiques pour l’égalité
L’action publique en faveur de l’égalité a pris de l’ampleur ces dernières années. L’État ne se contente plus d’annoncer ses ambitions : il multiplie lois, plans et dispositifs pour réduire les inégalités professionnelles femmes-hommes et faire progresser l’égalité des chances.
Le label égalité professionnelle, décerné aux entreprises volontaires, ne se limite plus à une façade. Il va de pair avec des objectifs concrets et un contrôle réel. La loi pour la transformation de la fonction publique impose désormais la mise en place de plans d’action pour l’égalité. Les administrations doivent publier leurs indicateurs et ajuster leur politique si nécessaire. Dans le privé, l’index de l’égalité salariale, publié chaque année, pousse les employeurs à agir sous peine de sanctions financières.
L’égalité des chances irrigue aujourd’hui le système éducatif lui-même. Mixité sociale, appui aux élèves des milieux populaires, lutte contre toutes les formes de discrimination dès l’école : la politique avance. Les plans d’action nationaux, portés par le ministère dédié, misent sur la formation, la sensibilisation et un suivi renforcé.
Plusieurs évolutions structurantes émergent dans ce contexte :
- La mise en place de cellules d’écoute pour les victimes de discriminations progresse.
- Les conventions d’objectifs entre l’État et les grandes entreprises pour l’égalité professionnelle deviennent plus nombreuses.
L’État, par la loi et la négociation, pose les fondations d’une société qui refuse de dissocier égalité femmes-hommes, égalité professionnelle et égalité des chances.
Des avancées concrètes, mais quels leviers pour accélérer le changement ?
Sur le terrain, la lutte contre les inégalités, notamment dans le système éducatif français, prend désormais la forme d’actions ciblées. Les politiques en faveur de l’égalité des chances démarrent dès l’école primaire, point de départ de la réduction des inégalités. Dans les réseaux d’éducation prioritaire, les moyens sont concentrés, mais leur efficacité nourrit le débat. Différenciation pédagogique, accompagnement individualisé, soutien renforcé aux enfants issus de familles modestes : la réponse publique se structure, mais ne suffit pas toujours.
Les faits sont têtus : l’égalité filles-garçons tarde à s’imposer. Les données de l’Insee mettent en lumière la persistance des écarts dans la réussite scolaire, l’orientation et l’accès aux filières les plus convoitées. L’école, censée garantir l’équité, peine à compenser le poids de l’origine sociale sur les parcours. Les programmes contre le décrochage scolaire montent en puissance, mais la reproduction des inégalités sociales continue de hanter le système.
Pour accélérer la dynamique, plusieurs pistes sont identifiées :
- Étendre la mixité sociale dans tous les établissements.
- Développer les partenariats avec le monde associatif pour ouvrir l’égalité des chances à tous.
- Garantir un accès réel aux dispositifs d’orientation pour chaque élève, sans distinction d’origine.
La volonté politique ne suffit pas. Seule une mobilisation concrète, sur le terrain, et l’engagement collectif permettront de favoriser l’égalité des chances à chaque étape du parcours éducatif. La question reste entière : combien de temps la société tolérera-t-elle que le potentiel d’une génération se heurte à des plafonds invisibles ?


